Apnée du sommeil : un trouble souvent ignoré qui fatigue tout le corps

Apnée du sommeil : un trouble souvent ignoré qui fatigue tout le corps

Dormir devrait être un moment de récupération. Pourtant, pour des millions de personnes, le sommeil est fragmenté, inefficace… sans qu’elles en aient conscience. L’apnée du sommeil touche environ 4 % à 7 % de la population adulte en France, soit plusieurs millions de personnes, mais reste largement sous-diagnostiquée. La prévalence augmente avec l'âge, atteignant 15 % à 30 % après 65-70 ans.
L’apnée du sommeil est donc un trouble fréquent qui impacte la santé bien au-delà de la fatigue. Le point avec votre pharmacien conseil DocMorris pour repérer les signes d’une apnée du sommeil.

Qu’est-ce que l’apnée du sommeil ?

L’apnée du sommeil se caractérise par des arrêts répétés de la respiration pendant le sommeil, appelés apnées (arrêt complet de la respiration) ou hypopnées (qui correspond à une respiration très réduite). Les médecins parlent alors de Syndrome d’Apnée Hypopnée Obstructive du Sommeil souvent retrouvé sous l’acronyme SAHOS.

On distingue principalement :

  • L’apnée obstructive du sommeil (AOS) : c’est la plus fréquente, et elle est liée à l’obstruction des voies aériennes supérieures par relâchement des muscles de la gorge.

  • L’apnée centrale est beaucoup plus rare, et elle est liée à un défaut de commande respiratoire par le cerveau.

Ces pauses respiratoires peuvent durer 10 à 30 secondes, parfois plus. Elles entrainent une diminution sévère de l’oxygénation du sang et elles peuvent se répéter des dizaines de fois par heure, provoquant des micro-réveils inconscients.

Quels sont les symptômes les plus fréquents ?

Les symptômes rapportés en général par l’entourage sont importants la nuit avec :

  • Des ronflements forts et réguliers.

  • Des pauses respiratoires observées et entendues.

  • Des reprises respiratoires bruyantes avec parfois des étouffements, des halètements.

  • Un sommeil agité, et des sueurs nocturnes.

En journée, des symptômes sont très souvent observés également liés à la mauvaise qualité de sommeil et notamment une fatigue persistante malgré un sommeil “suffisant”, une somnolence diurne excessive, des maux de tête matinaux. Des difficultés de concentration et de mémoire, une irritabilité, des troubles de l’humeur et une baisse de la libido sont également très fréquemment décrits. Cependant, beaucoup de patients ne se plaignent pas de mal dormir, ce qui explique le retard diagnostique pour cette pathologie d’apnée du sommeil.

Apnée du sommeil : un trouble souvent ignoré qui fatigue tout le corps

Apnée du sommeil : qui est le plus à risque ?

Certaines situations augmentent fortement le risque et notamment le surpoids ou l’obésité (surtout abdominale) car environ 60–70 % des patients avec des apnées obstructives du sommeil sont en surpoids ou obèses. Un tour de cou élevé (>40 cm chez l’homme) est un facteur de risque important et le sexe masculin est beaucoup plus touché que les femmes.

L’âge à partir de 50 ans, la consommation de tabac et alcool (surtout le soir), de sédatifs, benzodiazépines sont également des facteurs de risques.

Enfin, la présence d’une hypertension artérielle, de diabète de type 2 ou encore d’anomalies ORL sur les amygdales, la cloison nasale eu encore la mâchoire prédisposent à faire des apnées du sommeil.

Chez la femme, la période de ménopause est souvent un risque de faire des apnées du sommeil et comme le tableau clinique est souvent moins bruyant chez la femme que chez l’homme, on a une sous détection fréquente de la pathologie féminine. Ce syndrome d’apnée du sommeil peut se manifester chez la femme par des insomnies, de la fatigue chronique et des troubles de l’humeur.

Pourquoi faut-il prendre l’apnée du sommeil au sérieux ?

L’apnée du sommeil n’est pas qu’un problème de ronflement même si les dormeurs peuvent aussi être réveillés par leur propres ronflements et donc ne bénéficient pas d’un sommeil réparateur.

À long terme, elle augmente significativement le risque de somnolence excessive en journée entrainant parfois des endormissements incontrôlés dangereux chez les personnes conduisant des véhicules.

On note également que l’apnée du sommeil non traitée expose aux risques :

  • d’une hypertension artérielle résistante, de diabète de type 2,

  • d’un infarctus du myocarde,

  • d’un Accident Vasculaire Cérébral (AVC),

  • de troubles du rythme cardiaque,

  • d’une prise de poids et de troubles métaboliques,

  • de dépression et de troubles cognitifs.

Enfin, une apnée non traitée fatigue le cœur, le cerveau et le métabolisme, nuit après nuit.

Comment savoir si l’on souffre d’apnée du sommeil ?

Il est important d’en parler à son médecin/pharmacien si vous observez une fatigue chronique malgré un temps de sommeil respecté, une hypertension artérielle mal contrôlée, des ronflements rapportés par l’entourage et une somnolence en journée souvent présente. Un usage fréquent et recherché de stimulants (café, boissons énergisantes) doit aussi permettre de se poser la question d’un sommeil de mauvaise qualité.

Il est possible pour le patient de réaliser des questionnaires simples qui sont disponibles gratuitement en ligne pour évaluer un score sur le risque de souffrir ou non d’apnée du sommeil : questionnaire STOP-BANG ou échelle d’Epworth.

La confirmation médicale se fait par un examen de référence qui doit être fait dans un centre du sommeil. On l’appelle alors une polysomnographie, mais il est également possible de faire un examen chez soi : une polygraphie ventilatoire qui se réalise alors à domicile.

Le diagnostic repose sur l’index d’apnées-hypopnées (IAH). C’est à dire le nombre d’apnées (A) divisé par le nombre d’hypopnées (H) par heure de sommeil. Cet IAH se décompose ainsi :

  • Apnée du sommeil légère : entre 5 et 15,

  • Apnée du sommeil modérée : entre 16 et 30,

  • Apnée du sommeil sévère : IAH supérieur à 30.

Quelles solutions existent face à l’apnée du sommeil ?

Dans un premier temps, face à une suspicion d’apnée du sommeil, la première étape est un diagnostic médical (polysomnographie ou polygraphie ventilatoire) car le traitement dépend de la sévérité.

Mais des mesures hygiéno-diététiques peuvent être proposées et elles seront toujours utiles en cas de sommeil de mauvaise qualité. Avec notamment :

  • Une perte de poids (même modérée),

  • Une diminution de l’alcool le soir,

  • Un arrêt du tabac,

  • D’avoir une position de sommeil sur le côté,

  • De maintenir une activité physique régulière.

La référence du traitement en cas de diagnostic posé reste la PPC (pression positive continue), qui maintient les voies aériennes ouvertes pendant la nuit et réduit efficacement les apnées, la somnolence et le risque cardiovasculaire. Cette PPC appliquée dans les voies aériennes supérieures évite le blocage de l'inspiration et prévient la survenue de l'apnée. Le débit d'air est fourni par une machine, reliée à un masque nasal par un tuyau souple. Le masque est appliqué sur le visage par un système de harnais.

Il existe divers appareils, masques (masques narinaires ou masques couvrant soit le nez, soit le nez et la bouche) et accessoires PPC. Le médecin et le fournisseur de matériel aident le patient à trouver ceux qui lui conviennent le mieux et le matériel est installé au domicile.

Ce traitement est certes contraignant, mais il permet d'obtenir d'excellents résultats en cas d'apnées du sommeil sévères. Malgré la contrainte, il est important de ne pas se décourager. Avec l'aide du fournisseur de matériel, plusieurs ajustements peuvent être nécessaires pour trouver la solution la plus confortable.

Pour les formes légères à modérées ou en cas d’intolérance à la PPC, une orthèse d’avancée mandibulaire réalisée par un spécialiste peut être proposée.

En officine, le pharmacien peut accompagner avec des solutions anti-ronflement, des dispositifs positionnels avec des oreillers ergonomiques ou des conseils pour améliorer l’hygiène du sommeil, tout en orientant vers un avis médical si des signes évocateurs persistent.

Il est donc important qu’un patient fatigué en permanence mérite qu’on s’interroge sur son sommeil. L’apnée du sommeil est fréquente, silencieuse et sous-diagnostiquée et elle impacte toute la santé, pas seulement le sommeil. Des solutions existent et améliorent fortement la qualité de vie, n’hésitez donc pas à en parler à votre médecin et/ou pharmacien.