
Chaque hiver, les infections saisonnières font leur retour : rhumes, états grippaux, toux, maux de gorge ou troubles digestifs. Si la majorité de ces affections sont bénignes et d’origine virale, elles représentent une cause majeure de consultations et de demandes de conseil en pharmacie.
Quels sont les médicaments de première intention ? Dans quels cas sont-ils suffisants ? Et quand faut-il consulter ? Faisons le point avec votre pharmacien conseil DocMorris.
Infections hivernales : de quoi parle-t-on ?
Les infections hivernales regroupent un ensemble d’affections fréquentes, favorisées par le froid, la promiscuité et la baisse des défenses immunitaires. Il s’agit le plus souvent d’infections virales, notamment :
Des rhinopharyngites (rhumes),
Des états grippaux,
Des pharyngites et des laryngites,
Des bronchites aiguës simples,
Des gastro-entérites virales.
Dans la grande majorité des cas, ces infections guérissent spontanément en quelques jours avec un traitement symptomatique adapté.
Médicaments de première intention : définition et rôle
Les médicaments de première intention sont des traitements qui sont destinés à soulager les symptômes, ils sont accessibles sans ordonnance. On peut donc les utiliser en première ligne, avant toute prescription spécifique d’une ordonnance par un médecin.
Ils n’agissent pas directement sur le virus responsable, mais ils permettent d’améliorer le confort du patient. Surtout, ils sont très utiles pour limiter une possible évolution défavorable notamment vers une éventuelle contamination ou complication bactérienne. Cela permet aussi d’éviter un recours inutile aux antibiotiques.
Leur bon usage de ces médicaments de première intention repose sur une évaluation précise des symptômes, du terrain du patient et de la durée d’évolution.
Quels médicaments selon les symptômes ?
Fièvre et douleurs
La fièvre, les maux de tête, les courbatures et les douleurs musculaires sont fréquents lors des infections hivernales. La fièvre modérée est un mécanisme de défense. Le traitement vise plutôt à améliorer le confort, pas à supprimer systématiquement toute élévation de température. Aussi, le traitement de première intention doit être un antalgique et antipyrétique adapté, et dans ce cas, seul le paracétamol doit être proposé dans le respect strict des doses et des intervalles de prise. Les molécules de type ibuprofène, kétoprofène de la famille des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ne doivent pas être utilisées en cas de possible infection et uniquement sur avis médical.
En effet, au regard de l’augmentation des infections hivernales (syndromes grippaux, bronchites, otites, etc.), l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament rappelle les bonnes pratiques concernant l’usage des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l’ibuprofène ou le kétoprofène.
Les AINS peuvent masquer les signes d’une infection bactérienne (streptocoque, pneumocoque), ce qui peut retarder une prise en charge adaptée. Entre le 1ᵉʳ janvier 2019 et le 30 juin 2023 : 162 cas graves liés à l’ibuprofène et 54 cas graves liés au kétoprofène ont été déclarés en France dans ce contexte.
Ces complications ont pu évoluer notamment vers un sepsis, un choc septique, une méningite, une infection cutanée sévère. Douze décès ont été recensés dont des enfants ou jeunes adultes préalablement en bonne santé.
Pour réduire ces risques, le paracétamol reste le médicament à privilégier lorsqu’un traitement médicamenteux est envisagé pour traiter la fièvre ou la douleur, en cas d’infection courante (angine, rhinopharyngite, sinusite, otite, etc.) ou en cas de syndrome grippal ou de varicelle.
Les AINS ne doivent être envisagés qu’en deuxième intention, après avis médical.
Enfin, attention aux associations de médicaments contenant la même molécule et particulièrement le paracétamol.
Nez bouché, écoulement nasal
Les symptômes ORL sont très fréquents lors des rhumes et rhinopharyngites. Aussi, parmi les mesures de premières intentions recommandées, il s’agira :
De réaliser des lavages de nez au sérum physiologique ou à l’eau de mer, car le lavage nasal régulier est souvent le geste le plus efficace, notamment chez l’enfant.
D’utiliser des solutions nasales décongestionnantes mais avec un usage limité de 48h en faisant donc très attention, car les vasoconstricteurs nasaux doivent être utilisés sur de courtes durées et sont contre-indiqués chez certains patients.
D’associer des antihistaminiques si une composante allergique est présente.

Toux
Si la toux est un mécanisme réflexe utile, elle peut devenir gênante et invalidante quand les quintes sont fortes et à répétition. Il s’agira donc de bien adapter le traitement à chaque type de toux :
Toux sèche : traitement antitussif possible si elle est irritative et perturbe le sommeil.
Toux grasse : favoriser l’expectoration, éviter de bloquer la toux.
L’hydratation, l’air humidifié et le repos sont des mesures simples, mais efficaces. Une toux persistante ou associée à une fièvre prolongée doit alerter et faire consulter son médecin.
Maux de gorge
Les maux de gorge sont le plus souvent d’origine virale. La prise en charge peut se faire de manière systématique avec :
Des pastilles adoucissantes ou antiseptiques,
Des solutions pour gargarismes,
Des boissons tièdes additionnées de miel ou de tisane à visée respiratoire.
L’absence de fièvre élevée et de ganglions douloureux oriente vers une origine virale.
Un mal de gorge intense, brutal, avec fièvre élevée doit faire envisager un test dans une pharmacie pour mettre en évidence une angine bactérienne et/ou une consultation médicale.
Troubles digestifs hivernaux
Les troubles digestifs hivernaux avec des infections digestives virales sont très fréquentes en hiver. Les mesures essentielles pour lutter contre des troubles digestifs sont :
Une réhydratation orale prioritaire et si besoin avec une solution de réhydratation orale adaptée,
Un régime alimentaire adapté temporairement à base de riz, carotte, banane,
Un traitement symptomatique si besoin avec des anti-vomitifs, des anti-diarrhéiques et des anti-douleurs comme des anti-spasmodiques.
Attention : chez les nourrissons, les personnes âgées et les patients fragiles, la déshydratation est le principal risque.
Quelle place pour les antibiotiques ?
Les antibiotiques n’agissent que sur les bactéries, pas sur les virus. Or, la majorité des infections hivernales sont virales, c'est-à-dire dans plus de 90% des cas, il s’agit de virus responsables des symptômes.
Les antibiotiques ne sont indiqués que sur avis du médecin par une prescription médicale en cas d’infection bactérienne avérée et après une évaluation clinique.
Il est bien connu et démontré qu'un usage inapproprié des antibiotiques favorise :
l’antibiorésistance : les bactéries deviennent insensibles aux antibiotiques classiquement utilisés,
des effets indésirables sur l’organisme par leur large spectre d’action qui détruisent également la flore intestinale,
l’apparition d’une inefficacité à long terme.
Rappelez-vous toujours du message clé toujours d’actualité : les antibiotiques, ce n’est pas automatique.
Le rôle du pharmacien dans la prise en charge
Le pharmacien bien évidemment est un acteur clé de la prise en charge de première ligne, grâce à son accessibilité aisée, il peut réaliser :
Une évaluation des symptômes,
Une orientation vers un traitement adapté,
Une détection des signes de gravité,
Une éducation au bon usage des médicaments,
Une lutte contre l’automédication inappropriée et potentiellement dangereuse en fonction des patients.
Ainsi, le conseil officinal permet souvent de désengorger les consultations médicales tout en garantissant la sécurité du patient. N’hésitez pas à demander conseil à votre pharmacien pour toutes ces pathologies hivernales notamment.
Quand consulter un médecin ?
Un avis médical est recommandé si :
La fièvre persiste plus de 3 jours,
Les symptômes s’aggravent ou se prolongent,
Une gêne respiratoire apparaît,
Le patient est à risque (nourrisson, personne âgée, femme enceinte, maladie chronique),
Il existe un doute diagnostique.
Comment prévenir les infections hivernales ?
La prévention repose souvent sur des gestes simples, mais efficaces :
Lavage régulier des mains,
Aération quotidienne des pièces pendant au moins 10 minutes chaque jour,
Alimentation équilibrée,
Sommeil suffisant,
Vaccination lorsque recommandée.
Une bonne hygiène de vie avec une alimentation riche en vitamines reste la meilleure des préventions.
Enfin, n’oubliez pas que les infections hivernales sont le plus souvent bénignes. Un traitement symptomatique bien conduit, associé à des mesures d’hygiène adaptées, permet dans la majorité des cas une guérison rapide… et sans antibiotique. Prenez conseil auprès de votre pharmacien.



