
Antibiotiques, anti-inflammatoires, traitements contre l'acné ou certains médicaments cardiovasculaires… certains traitements peuvent rendre la peau anormalement sensible au soleil. Une exposition parfois brève peut alors suffire à provoquer une rougeur intense, des démangeaisons, voire une véritable brûlure. Ce phénomène, appelé photosensibilisation, mérite une attention particulière en été, mais pas uniquement : les rayons ultraviolets peuvent être suffisamment importants pour déclencher une réaction dès le printemps, en montagne ou lors d'un séjour dans une région très ensoleillée.
Quels médicaments sont concernés ? Comment reconnaître une réaction et surtout comment se protéger sans interrompre inutilement son traitement ? Faisons le point avec votre pharmacien conseil DocMorris.
1. Qu'est-ce que la photosensibilisation ?
La photosensibilisation correspond à une réaction anormale de la peau provoquée par l'association d'une substance photosensibilisante et d'une exposition aux rayons ultraviolets (UV).
Cette substance peut être un médicament pris par voie orale ou injectable, mais également un médicament ou un produit appliqué directement sur la peau.
On distingue principalement deux mécanismes dans cette réaction entre médicaments et soleil :
La phototoxicité
C'est la réaction la plus directe. Sous l'action des UV, le médicament ou l'un de ses métabolites présent dans la peau déclenche une réaction qui endommage les cellules cutanées.
La réaction ressemble généralement à un coup de soleil particulièrement intense, limité principalement aux zones exposées : visage, décolleté, avant-bras, dos des mains, jambes…
Elle peut apparaître rapidement, parfois dans les heures suivant l'exposition, et son importance dépend notamment de la quantité de médicament présente dans l'organisme et de l'intensité de l'exposition aux UV.
La photo-allergie
Plus rare, la photo-allergie fait intervenir le système immunitaire. L'exposition aux UV modifie la substance présente dans la peau, qui est alors reconnue comme étrangère par l'organisme.
La réaction ressemble davantage à un eczéma, avec rougeurs, démangeaisons et petites lésions cutanées. Contrairement à la phototoxicité, elle ne concerne que certaines personnes préalablement sensibilisées et peut parfois s'étendre au-delà des seules zones exposées au soleil.
Dans les deux cas, un élément est indispensable au déclenchement de la réaction : l'exposition aux UV.
2. Quels médicaments peuvent être concernés ?
La liste des médicaments susceptibles d'entraîner une photosensibilisation est relativement longue et le risque varie considérablement selon la molécule. Parmi les médicaments concernés, on retrouve notamment certaines familles fréquemment utilisées :
Certains antibiotiques, en particulier certaines tétracyclines comme la doxycycline, mais également certains sulfamides
Certains anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l’ibuprofène notamment
Certains diurétiques
Certains médicaments utilisés en cardiologie, notamment certains antiarythmiques
Certains traitements contre l'acné et d'autres maladies dermatologiques
Certains médicaments utilisés en psychiatrie
Certains traitements anticancéreux ou immunomodulateurs.
Attention cependant : tous les médicaments d'une même famille n'entraînent pas nécessairement le même niveau de risque. Il ne faut donc pas conclure qu'un traitement est photosensibilisant simplement parce qu'il appartient à l'une de ces catégories.
Le meilleur réflexe consiste à consulter la notice de son médicament et à demander conseil à son pharmacien, particulièrement avant un départ en vacances ou une période d'exposition importante au soleil.
3. Attention aussi aux médicaments et produits appliqués sur la peau

Le risque de photosensibilisation ne concerne pas uniquement les comprimés.
Certains gels anti-inflammatoires appliqués localement nécessitent une vigilance particulière. C'est notamment le cas des gels contenant du kétoprofène. En effet, les zones traitées avec du kétoprofène ne doivent pas être exposées au soleil, même lorsque celui-ci est voilé, ni aux UVA artificiels pendant le traitement et durant les deux semaines qui suivent son arrêt. La zone doit être protégée par un vêtement.
D'autres produits appliqués sur la peau peuvent également favoriser certaines réactions avec le soleil. Cela peut concerner certains parfums, cosmétiques, huiles essentielles ou produits contenant des substances végétales photosensibilisantes.
Un produit disponible sans ordonnance ou présenté comme « naturel » n'est donc pas automatiquement dépourvu de risque au soleil.
4. Comment reconnaître une réaction de photosensibilisation ?
La manifestation la plus typique est l'apparition d'une réaction cutanée anormalement importante par rapport à l'exposition solaire reçue. Une phototoxicité peut ainsi provoquer une rougeur intense, une sensation de chaleur ou de brûlure, une douleur avec parfois un gonflement et dans des réactions importantes, des cloques peuvent apparaitre.
L'aspect peut faire penser à un coup de soleil sévère, alors que l'exposition au soleil a été relativement courte.
La photo-allergie se manifeste davantage par des rougeurs accompagnées de démangeaisons et de lésions ressemblant à de l'eczéma.
La localisation peut également donner un indice : les lésions apparaissent souvent sur les parties découvertes du corps, tandis que les zones protégées par les vêtements sont épargnées.
Si une réaction cutanée inhabituelle apparaît après une exposition au soleil alors que vous prenez un médicament, pensez à signaler votre traitement au pharmacien ou au médecin.
5. Que faire si son traitement est photosensibilisant ?
Premier principe : ne pas arrêter soi-même un traitement prescrit simplement parce qu'il existe un risque de photosensibilisation. Dans de nombreux cas, quelques précautions permettent de poursuivre le traitement en limitant fortement l'exposition aux UV.
Avant toute chose, consultez la notice : les précautions peuvent varier selon le médicament.
Pendant le traitement, il peut notamment être recommandé de limiter l'exposition solaire, en particulier lorsque les UV sont les plus intenses, et rechercher l'ombre autant que possible.
Privilégier la protection vestimentaire : vêtements couvrants, chapeau à larges bords et lunettes de soleil. Les vêtements constituent une protection particulièrement importante lorsqu'un médicament impose d'éviter l'exposition d'une zone cutanée.
Utiliser une protection solaire élevée, généralement SPF 50 ou 50+, à large spectre UVA/UVB, sur les zones qui ne peuvent pas être couvertes. La crème solaire reste toutefois un complément aux autres moyens de protection et ne doit pas servir à prolonger volontairement l'exposition.
Éviter les cabines de bronzage et les lampes à UV, qui peuvent elles aussi déclencher une réaction.
Enfin, pensez à signaler votre traitement lorsque vous demandez conseil pour un produit solaire ou avant un départ vers une destination très ensoleillée.
Le pharmacien peut vérifier si le médicament présente un risque connu de photosensibilisation et vous préciser les précautions particulières à respecter.
6. Que faire en cas de réaction ?
Si une réaction cutanée apparaît pendant ou après une exposition au soleil, le premier réflexe consiste à cesser immédiatement l'exposition aux UV et à se mettre à l'ombre.
Il est possible de rafraîchir doucement la peau avec de l'eau fraîche, mais non glacée c’est à dire une eau comprise entre 15 et 25 °C pendant une quinzaine de minutes ou jusqu'à disparition de la douleur.
Ensuite, demandez rapidement conseil à votre pharmacien ou à votre médecin, en précisant les médicaments et produits que vous utilisez.
Concernant la poursuite du traitement, suivez les instructions spécifiques figurant dans sa notice et l'avis d'un professionnel de santé. Certains médicaments doivent être interrompus lorsqu'une réaction de photosensibilité apparaît : c'est par exemple indiqué dans les notices de certains traitements contenant de la doxycycline.
Une consultation médicale est particulièrement nécessaire si la réaction est étendue, très douloureuse, s'accompagne de cloques importantes, touche le visage ou les yeux, ou si l'état général est altéré.
Aussi médicaments et soleil ne font pas toujours bon ménage et certains traitements peuvent augmenter considérablement la sensibilité de la peau aux UV et transformer une exposition qui semblait banale en réaction cutanée importante.
Avant de vous exposer, et particulièrement avant les vacances, prenez quelques minutes pour relire la notice de vos médicaments. En cas de doute, votre pharmacien peut vous indiquer si votre traitement présente un risque de photosensibilisation et quelles précautions adopter.
Et surtout, n'arrêtez pas un traitement prescrit de votre propre initiative : la conduite à tenir dépend du médicament concerné et de la situation.






