Résistance à l'insuline : les signes qui doivent alerter avant le diabète

Résistance à l'insuline : les signes qui doivent alerter avant le diabète

La résistance à l'insuline est un trouble métabolique de plus en plus fréquent dans les pays occidentaux. En France, la résistance à l’insuline constitue un enjeu majeur de santé publique en raison de la progression du surpoids, de l’obésité et de la sédentarité. Bien qu’il n’existe pas de données nationales précises sur sa prévalence, près de 10 % des adultes français présentent un prédiabète, considéré comme un marqueur fréquent d’insulinorésistance. Par ailleurs, plus de 3,5 millions de Français sont traités pour un diabète, majoritairement de type 2, dont la résistance à l’insuline constitue le mécanisme physiopathologique central. Souvent silencieuse pendant plusieurs années, elle constitue pourtant l'une des premières étapes pouvant conduire au prédiabète puis au diabète de type 2. Votre pharmacien conseil DocMorris vous propose de mieux la comprendre afin d'agir précocement et de préserver sa santé.

Qu'est-ce que la résistance à l'insuline ?

Après un repas, l’insuline est sécrétée par le pancréas pour signaler au corps qu’il faut diminuer les taux de sucre en circulation, soit en le captant dans les muscles et le tissu adipeux, soit en favorisant son entreposage dans le foie. En conditions normales, ce mécanisme est d’une grande précision et permet de maintenir le taux de sucre dans le sang à un niveau adéquat.

Chez les personnes qui sont en surpoids, et plus particulièrement celles dont l’excès de masse grasse est localisé au niveau abdominal, il arrive alors que cette action de l’insuline soit perturbée et que les organes ne réussissent plus à capter et à entreposer aussi efficacement le sucre. On parle alors de résistance à l’insuline lorsque les cellules deviennent moins sensibles à l'action de l'insuline.

Pour maintenir une glycémie normale, le pancréas doit alors produire davantage d'insuline. Cette situation peut fonctionner pendant plusieurs années c’est ce qui rend souvent le diagnostic de l’insulinorésistance trop tardif, mais cela finit souvent par épuiser les capacités du pancréas. À terme, le taux de sucre sanguin augmente progressivement, favorisant l'apparition du prédiabète puis du diabète de type 2.

Quels sont les symptômes de la résistance à l'insuline ?

L'une des difficultés est que la résistance à l'insuline provoque rarement des symptômes spécifiques à ses débuts. Certains signes peuvent toutefois constituer des alertes comme une fatigue persistante, notamment avec une somnolence après les repas, des difficultés à perdre du poids malgré des efforts alimentaires, une prise de poids abdominale qui se traduit par une augmentation du tour de taille. Une sensation de faim peut être fréquente avec notamment des envies de sucre. La tension artérielle peut être élevée et au niveau biologie il est possible de voir un taux élevé de triglycérides ou une baisse du " bon cholestérol ": le HDL cholestérol. Enfin, des difficultés de concentration peuvent être rapportées.

Chez certaines personnes, notamment en cas d'insulinorésistance importante, peuvent apparaître des plaques brunâtres et épaissies au niveau du cou, des aisselles ou de l'aine. Ce phénomène est appelé acanthosis nigricans et doit conduire à consulter un professionnel de santé.

Résistance à l'insuline et prédiabète : quelle différence ?

Ces deux notions sont étroitement liées, mais elles restent quand même différentes. En effet, la résistance à l'insuline correspond à une diminution de l'efficacité de l'insuline au niveau des tissus. À ce stade, la glycémie peut encore rester normale grâce à une surproduction compensatrice d'insuline par les cellules du pancréas.

Mais ce surplus d’insuline n’est pas sans danger sur le reste de l’organisme, car il stimule la production de triglycérides par le foie, ce qui favorise l’accumulation de gras et peut mener au développement d’une stéatose hépatique (foie gras). La hausse de sécrétion de ces acides gras dans la circulation sanguine provoque des dyslipidémies, caractérisées par des triglycérides élevés, une hausse des LDL de forte densité et une diminution du cholestérol HDL.  En parallèle, cet excès de production d’insuline augmente la rétention de sodium au niveau du rein, ce qui contribue à l’augmentation d’incidence de l’hypertension observée chez les personnes résistantes à l’insuline.

Le prédiabète apparaît, lui, lorsque cette compensation devient insuffisante. Les taux de glucose sanguin commencent alors à s'élever sans atteindre encore les critères diagnostiques du diabète. Le prédiabète constitue un véritable signal d'alarme car sans prise en charge adaptée, une proportion importante des personnes concernées développera alors un diabète de type 2 dans les années suivantes.

Quelles sont les causes de la résistance à l'insuline ?

Plusieurs facteurs peuvent favorisent son apparition, et notamment :

  • Le surpoids et l'obésité car c’est l'excès de graisse abdominale qui est le principal facteur de risque. En effet, le tissu adipeux viscéral sécrète des substances inflammatoires qui perturbent l'action de l'insuline.

  • La sédentarité car l'activité physique améliore naturellement la sensibilité des muscles à l'insuline. À l'inverse, le manque d'exercice favorise l'insulinorésistance.

  • Une alimentation déséquilibrée car une consommation excessive de produits ultra-transformés, de boissons sucrées et d'aliments riches en sucres rapides contribue au développement des troubles métaboliques.

  • Le manque de sommeil et le stress chronique car un sommeil insuffisant ou de mauvaise qualité ainsi qu'un stress prolongé peut perturber les mécanismes hormonaux impliqués dans la régulation du glucose. Enfin, le stress chronique stimule la libération de cortisol qui est aussi une hormone mais qui inhibe l’action de l’insuline et favorise donc l’accumulation de graisse abdominale.

Toutes ces causes font parties de ce qu’on appelle les risques évitables, mais il existe aussi des facteurs dit inévitables qui sont les facteurs génétiques car les antécédents familiaux de diabète de type 2 augmentent le risque de développer une résistance à l'insuline.

Comment savoir si l'on souffre d'une résistance à l'insuline ?

Le diagnostic repose sur un ensemble d'éléments cliniques et biologiques et le médecin va notamment s'appuyer sur :

  • Le poids, l'IMC et le tour de taille,

  • Les antécédents familiaux,

  • La glycémie à jeun,

  • L'hémoglobine glyquée (HbA1c) : c’est le reflet de la présence de glucose dans le sang sur 3 mois,

  • Le bilan lipidique.

Dans certains cas, des indices comme le score HOMA-IR qui est un indice utilisé pour estimer la résistance à l'insuline à partir d'une simple prise de sang réalisée à jeun. Ce score permet ainsi d'évaluer indirectement le degré de résistance à l'insuline.

Un dépistage est particulièrement recommandé chez les personnes en surpoids, présentant une hypertension artérielle, des anomalies lipidiques ou des antécédents familiaux de diabète.

Comment réduire la résistance à l'insuline naturellement ?

Résistance à l'insuline : les signes qui doivent alerter avant le diabète

La bonne nouvelle est que l'insulinorésistance est souvent réversible, surtout lorsqu'elle est détectée précocement. Parmi les conseils, on retrouve :

  • Pratiquer une activité physique régulière car l'exercice est l'un des moyens les plus efficaces pour améliorer la sensibilité à l'insuline. L'objectif recommandé est d'au moins 150 minutes (2h30 sur 7 jours soit environ 30 minutes par jour) d'activité d'intensité modérée par semaine. Cette activité doit être si possible associée à 2 séances de renforcement musculaire par semaine.

  • Perdre quelques kilos si nécessaire car une perte de poids modérée de 5 à 10 % du poids initial peut déjà entraîner des bénéfices métaboliques significatifs.

  • Améliorer la qualité du sommeil car dormir 7 à 9 heures par nuit participe au bon fonctionnement des mécanismes hormonaux impliqués dans la régulation du glucose.

  • Réduire le stress grâce à des techniques de relaxation, de méditation ou d'activité physique régulière peut contribuer à améliorer l'équilibre métabolique.

Quels aliments privilégier en cas de résistance à l'insuline ?

L'alimentation joue un rôle central dans la prise en charge. On retrouve notamment les recommandations du régime méditerranéen à savoir : des légumes à chaque repas, des fruits entiers plutôt que les jus, des légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots secs), des céréales complètes, des poissons gras riches en oméga-3, des oléagineux (amandes, noix, noisettes) et une cuisson à l'huile d'olive.

Il s’agira par contre de limiter les boissons sucrées, les pâtisseries et confiseries, les céréales raffinées, les produits ultra-transformés, les excès d'alcool…

Il faut bien retenir que l'objectif n'est pas de supprimer totalement les glucides, mais de privilégier ceux ayant un faible impact glycémique et une bonne densité nutritionnelle.

Chrome et compléments alimentaires : quel intérêt ?

Le chrome est un oligoélément impliqué dans le métabolisme des glucides. Certaines études suggèrent qu'une supplémentation pourrait contribuer à améliorer modestement la sensibilité à l'insuline chez certaines personnes présentant un déficit ou des troubles métaboliques.

D'autres nutriments font également l'objet de recherches, notamment le magnésium, les oméga-3, la vitamine D, la berbérine ou encore l'acide alpha-lipoïque.

Les compléments alimentaires peuvent constituer un soutien dans certains cas mais ne remplacent pas les mesures hygiéno-diététiques qui restent la pierre angulaire de la prise en charge. Le conseil du pharmacien est essentiel pour choisir un produit adapté et éviter les interactions médicamenteuses.

Quand consulter un professionnel de santé ?

Une consultation est recommandée en cas de prise de poids abdominale importante, d'antécédents familiaux de diabète, d'hypertension artérielle, d'anomalies du cholestérol ou des triglycérides, de fatigue persistante ou d'envies fréquentes de sucre et d’une glycémie élevée lors d'un bilan sanguin.

Plus la résistance à l'insuline est identifiée tôt, plus il est possible d'agir efficacement pour prévenir l'apparition du diabète de type 2 et de ses complications cardiovasculaires.

En conclusion, la résistance à l'insuline représente souvent la première étape du développement du diabète de type 2. Longtemps silencieuse, elle peut néanmoins être détectée grâce à certains signes d'alerte et à des examens biologiques simples. Une alimentation équilibrée, une activité physique régulière, un sommeil de qualité et une prise en charge précoce permettent souvent d'inverser la tendance et de retrouver un meilleur équilibre métabolique.